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Le jardin d'amexour

Le jardin d'amexour

Parfois de raison, souvent d'intuition, de philologie et des philosophies en général, ce semble pouvoir être l'objet de ce blog... Si cela ne peut seul le décrire totalement, il en reste cependant le principal moteur !


Je sais que je ne sais pas si « ça » existe, je suis agnostique !

Publié par Amexour sur 1 Août 2014, 17:31pm

Catégories : #Philosophie

Je sais que je ne sais pas si « ça » existe, je suis agnostique !


 Je sais donc quelque chose et, parce que je le sais, je le dis donc je le pense, donc je m’efforce d’agir en conséquence ; à partir de là, peut commencer la réflexion et du doute jaillit généralement l’idée… Variation de l’allégorie platonicienne de la caverne. Environ deux mille quatre cent ans avant l’ère chrétienne. Platon pour la conversion est le philosophe, tandis que Glaucon est l’apprenti.


Introduction.


Au Proche-Orient


« le philosophe : Maintenant, représente-toi de la façon que voici l’état de notre nature relativement à l’instruction et à l’ignorance. Considère ceci : des groupes d’hommes fanatisés creusant des trous, en forme de souterrains. Ceux-ci possèdent en guise d’entrée de longs passages menant vers le haut, vers la lumière du jour, et en direction duquel tous les souterrains se dirigent. D’autres tirent des missiles presque sans-discontinuer de l’autre côté des souterrains sur une bande de terre voisine de quelques dizaines de kilomètres tout au plus. Tous ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes, le cou et surtout l’esprit enchaînés dans des croyances anciennes, de sorte qu’ils ne peuvent bouger ni voir autrement que selon quelques préjugés, n’imaginant pas qu’ils puissent évoluer, leurs préjugés les empêchant de penser par eux-mêmes. Une révélation leur viendrait plus ou moins d’un livre pourtant commun, mais qui a reçu de nombreuses modifications et jusqu’à son appellation même, depuis une poigné de siècles. Entre le feu sacré et tout ces hommes, que nous nommerons « les prisonniers », s’expriment des avis, des commentaires provenant d’autres hommes encore, habitant plus loin et au passé également tout aussi tumultueux et absurde. Imagine ensuite qu’à quelques encablures d’ici, à Jérusalem, un petit mur que certains nomment « le mur des lamentations », vestige d’un lieu de recueillement, dont nous pourrions faire pourquoi pas l’analogie avec les cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux, et au-dessus desquelles certains de ces hommes, tour à tour, depuis quelques siècles de la Terre, font voir leurs merveilles.


Grandville,_Ombres_port%C3%A9es,_1830,_K


l’apprenti : Je vois cela, dit-il.


le philosophe : Imagine donc comment, le long de ce petit mur, des hommes vivent, portant leur fardeau qui est visible par delà le mur. Imagine des symboles religieux et autres figures de pierre ou de bois, et toutes sortes d’objets fabriqués par la main de l’homme. Comme on pouvait s’y attendre, de tous ces porteurs, les uns parlent entre eux et les autres se taisent. Seule en effet une infime partie, soi disant représentative des groupes humains, mais toujours les mêmes formes de népotismes depuis toujours, prend la parole et gouverne pour le « bien de son peuple ».

 


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l’apprenti  : Voilà, s’écria-t-il, un étrange tableau et d’étranges prisonniers.


le philosophe : Ils nous ressemblent, répondis-je. Oui, ce sont en effet les mêmes que nous, mais habitant dans la région proche-orientale entre la belle méditerranée et le chaud désert saoudien. Comme nous des homininés de première classe, descendant de l’homo sapiens et oubliés d’Epiméthée, dans sa distribution des qualités et à qui Prométhée aurait donné la raison ! En outre des mammifères totalement nu, dépourvu de la moindre force et agilité particulière pour survivre dans une nature hostile. Qu’en penses-tu ? Jamais encore de tels hommes n’ont vu, soit d’eux-mêmes, soit de leurs compagnons, autre chose que les ombres de leur existence, n’ont voulu entendre d’autres discours que ceux de leurs représentants respectifs. Par ces derniers, distillés comme irrépressiblement, pour deux groupes, deux peuples de Palestine pourtant parfaitement identique de conformation, mais de culture soi disant différente, donc, perdure l’incompréhension nourrie réciproquement par les deux parties.


l’apprenti : Comment en serait-il autrement, s’ils sont forcés de rester la tête immobile durant toute leur vie ?


le philosophe : Et pour les objets qui défilent, n’en est-il pas de même ?


l’apprenti : Sans contredit.


le philosophe : Si donc ils pouvaient s’entretenir entre eux de ce qu’ils voient, ne penses-tu pas que, ce qu’ils voient, ils le prendraient pour ce qui est ?


l’apprenti : Nécessairement.


le philosophe : Et qu’arriverait-il si cette illusion, cette situation avait en outre un écho, venant de la paroi qui fait face aux captifs ? Chaque fois qu’un des antagonistes dirait un mot, les prisonniers attribueraient-ils ce mot à autre chose qu’à l’ombre qui passe devant eux ?


l’apprenti : Non, par Zeus, dit-il.


le philosophe : Donc, pour les hommes ainsi enchaînés, les ombres des objets seraient la vérité et ils ne la verraient absolument que là.


l’apprenti : C’est de toute nécessité.


le philosophe : Considère alors comment ces hommes pourraient être délivrés de leurs chaînes et guéris de leur égarement : quelle forme celui-ci prendrait-il, s’il leur arrivait ce que je vais dire ? Chaque fois que l’un d’eux serait délivré de ses chaînes et obligé tout d’un coup de se lever, de tourner la tête, de se mettre en marche et de regarder en haut vers la lumière, tous ces actes le feraient souffrir et l’éclat de la lumière l’empêcherait de voir les choses dont il observait précédemment les ombres. Que répondrait-il, à ton avis, si quelqu’un lui affirmait qu’il n’avait vu jusqu’alors que des riens sans consistance, que tous les hommes, les femmes et les enfants humains étaient mort en vain, mais qu’il était maintenant beaucoup plus près de ce qui est et que, tourné désormais vers des choses ayant plus d’être, il voyait aussi d’une façon plus exacte ? Et si quelqu’un lui montrait alors chacune des choses vénérées, des symboles divinisés et l’obligeait à dire ce que c’est, ne crois-tu pas qu’il serait bien embarrassé et qu’il estimerait que ce qu’il voyait auparavant était plus vrai que ce qu’on lui montrerait à présent.


l’apprenti : Beaucoup plus vraies, reconnut-il.


le philosophe : Et si on le forçait à regarder la vérité elle-même, ses yeux n’en seraient-ils pas blessés et ne voudrait-il pas se détourner pour retourner aux choses qu’il est dans ses forces de regarder ? Et ne croira-t-il pas que ces dernières sont en fait plus claires que celles qu’on lui montre ? Qu’il est toujours plus facile de croire que de douter, que les certitudes espérées sont beaucoup plus confortables que l’incertitude de l’existence assumée.

l’apprenti : Assurément.


le philosophe : Et si, repris-je, quelqu’un, et même toute l’autre partie du monde des Etats dits organisés et unis, le saisissant, le traînait par force sur le chemin montant, raboteux et escarpé de la vraie vie humaine et qu’il ne le lâchât pas avant qu’il l’eût amené à la lumière du soleil, ne souffrirait-il pas vivement, et ne se plaindrait-il pas de ces violences, prétextant Sa différence dans la croyance de Son Dieu unique et omnipotent, omniscient ? Et, une fois parvenu à la lumière du jour, pourrait-il, les yeux tout éblouis par son éclat, distinguer une seule des choses qu’on lui présenterait maintenant comme véritables ?


l’apprenti : Il ne le pourrait pas, répondit-il ; du moins pas tout de suite.


le philosophe : Il est clair, à mon avis, qu’une accoutumance serait nécessaire, s’il devait parvenir à voir ce qui est en haut. Il lui faudrait probablement non pas une vie humaine, mais bien davantage à en croire ce qui s’est passé dans l’Histoire des hommes. D’abord ce seraient les ombres qu’il pourrait regarder le plus facilement, puis les images des hommes et des autres choses reflétées dans l’eau, et plus tard seulement les hommes et les choses elles-mêmes. Et parmi celles-ci, il contemplerait sans doute plus facilement, pendant la nuit, les choses du ciel et le ciel lui-même, tournant son regard vers la lumière des astres et de la lune, qu’il ne le ferait pendant le jour du soleil et de son éclat.


l’apprenti : Sans doute.


le philosophe : A la fin, j’imagine, ce serait le soleil - non ses vaines images réfléchies dans les eaux ou en quelque autre milieu - mais le soleil lui-même en son lieu propre, qu’il pourrait voir et contempler tel qu’il est.


l’apprenti : Nécessairement, dit-il.


le philosophe : Et, après toutes ces épreuves, il pourrait rassembler ses pensées au sujet du soleil, et juger que c’est lui qui fait les saisons et les années, qui gouverne tout ce qui se trouve dans le lieu désormais contemplé à la lumière du jour, et qui, d’une certaine manière, est la cause de tout ce qu’il voyait avec ses compagnons dans la nuit de ses croyances.


l’apprenti : Manifestement, il parviendrait à ces pensées après qu’il aurait laissé derrière lui ce qui n’est qu’ombre et reflet.


le philosophe : Or donc, se souvenant de sa première demeure, du prétendu "savoir" qu’on y professe, et de ceux qui y furent ses compagnons de captivité, ne crois-tu pas qu’il se réjouirait du changement et aurait pitié de ces derniers ?

l’apprenti : Si, certes.


le philosophe : Et maintenant, s’ils se décernaient entre eux honneurs, prières et louanges, s’ils avaient des récompenses pour celui qui discernerait le mieux le passage des ombres ou le bon orateur, qui se rappellerait le mieux celles qui, des premières, ont coutume de se présenter en premier ou en dernier, ou ensemble, et qui par là serait le plus habile à deviner leur apparition, des seconds, celui qui parle et conseille le mieux, penses-tu que notre homme envierait ces distinctions, et qu’il voudrait rivaliser avec les plus honorés et les plus puissants d’entre eux ? Ou bien ne préférerait-il pas prendre sur lui, comme dit Homère, et, " valet de bœufs, vivre en service chez un pauvre fermier ", et ne supporterait-il pas n’importe quoi, plutôt que de s’abandonner aux opinions admises dans la croyance et de vivre comme il vivait devant ou derrière son mur des illusions ?


l’apprenti : Je suis de ton avis, dit-il ; il préférera tout souffrir plutôt que de vivre de cette façon là.


le philosophe : Considère encore ceci : si l’homme ainsi sorti de sa croyance expiatoire y redescendait pour s’asseoir à nouveau à son ancienne place, est-ce que ses yeux, à lui qui vient de quitter le soleil, ne se rempliraient pas de ténèbres ?


l’apprenti : Assurément si, dit-il.


le philosophe : Et s’il lui fallait de nouveau entrer en compétition, pour juger ces ombres, avec les prisonniers qui n’ont pas quitté leurs chaînes, et cela alors qu’il voit mal, ses yeux n’étant pas encore accoutumés à l’obscurité, ce qui ne demande pas peu de temps, ne serait-il pas livré là-bas au ridicule et ne lui ferait-on pas comprendre que son voyage là-haut ne lui a rien rapporté d’autre que de revenir dans la croyance avec des yeux ruinés et qu’il ne vaut donc pas la peine de chercher à s’élever sur le chemin ? Et si quelqu’un entreprenait de les délivrer de leurs chaînes et de les conduire vers le haut, et qu’il leur soit possible de se saisir de lui et de le tuer, ne le tueraient-ils pas ?


l’apprenti : Sans aucun doute, répondit-il.


le philosophe : Maintenant, mon cher apprenti, repris-je, il faut appliquer point par point cette image à ce que nous avons dit plus haut, comparer le monde que nous découvre la vue au séjour de l’illusion, et la lumière du feu qui l’éclaire à la puissance du soleil. Quant à la montée dans la région supérieure et à la contemplation de ses objets, si tu la considères comme l’ascension de l’âme vers le lieu intelligible, tu ne te tromperas pas sur ma pensée, puisque aussi bien tu désires la connaître. Dieu, s’il existe sait si elle est vraie. Pour moi, telle est mon opinion : dans le monde intelligible l’idée du bien est perçue la dernière et avec peine, mais on ne la peut percevoir sans conclure qu’elle est la cause de tout ce qu’il y a de droit et de beau en toutes choses ; en outre qu’elle évite à la femme et à l’enfant la mort que l’illusion des hommes provoque  ; qu’elle a, dans le monde visible, engendré la lumière et le souverain et le souverain de la lumière ; que, dans le monde intelligible, c’est elle-même qui est souveraine et dispense la vérité et l’intelligence remises par Prométhée ; et qu’il faut la voir pour se conduire avec sagesse dans la vie privée et dans la vie publique.(...) Ne t’étonne [donc] pas que ceux qui se sont élevés à ces hauteurs ne veuillent plus s’occuper des affaires humaines, et que leurs âmes aspirent sans cesse à demeurer là-haut. Cela est bien naturel si notre allégorie est exacte. Et je te le demande, qu’attendons-nous ?


l’apprenti : C’est en effet bien naturel, dit-il.


le philosophe : Mais quoi ? penses-tu qu’il soit étonnant qu’un homme qui passe de contemplations divines aux misérables choses humaines ait mauvaise grâce et paraisse tout à fait ridicule lorsque, ayant encore la vue troublée et n’étant pas suffisamment accoutumé aux ténèbres environnantes, il est obligé d’entrer en guerre, contre son semblable pourtant, sur des ombres de prétendue justice divine ou sur les images qui projettent ces ombres, et de combattre les interprétations qu’en donnent ceux qui n’ont jamais vu la justice elle-même, à commencer par celle de la libre-pensée ?


l’apprenti : Il n’y a là rien d’étonnant.


le philosophe : En effet, un homme sensé se rappellera que les yeux peuvent être troublés de deux manières et par deux causes opposées : par le passage de la lumière à l’obscurité, et par celui de l’obscurité à la lumière ; et, ayant réfléchi qu’il en est de même pour l’âme, quand il en verra une troublée et embarrassée pour discerner certains objets, il n’en rira pas sottement, mais examinera plutôt si, venant d’une vie plus lumineuse, elle est, faute d’habitude, offusquée par les ténèbres, ou si passant de l’ignorance à la lumière, elle est éblouie de son trop vif éclat ; dans le premier cas il l’estimera heureuse en raison de ce qu’elle éprouve et de la vie qu’elle mène ; dans le second, il la plaindra, et s’il voulait rire à ses dépens, ses moqueries seraient moins ridicules que si elles s’adressaient à l’âme qui redescend du séjour de la lumière.


l’apprenti : C’est parler avec beaucoup de sagesse.


le philosophe : Il nous faut donc, si tout cela est vrai, en conclure ceci : l’éducation [à la laïcité] n’est point ce que certains proclament qu’elle est : car ils prétendent l’introduire dans l’âme, où elle n’est point, comme on donnerait la vue à des yeux aveugles. Elle concourt, avec justice et détermination, à permettre le respect mutuel et, pour chaque légitime croyance, elle permet aussi de borner les avidités, la cupidité de l’homme par la séparation idoine du spirituel et du politique. Ce qui n’est pas un mal et, loin s’en faut, nous le savons !


l’apprenti : Ils le prétendent en effet.


le philosophe : Or, repris-je, le présent discours montre que chacun possède la faculté d’apprendre et l’organe destiné à cet usage, et que, semblable à des yeux qui ne pourraient se tourner qu’avec le corps tout entier des ténèbres vers la lumière, cet organe doit aussi se détourner avec l’âme tout entière de ce qui naît, jusqu’à ce qu’il devienne capable de supporter la vue de l’être et de ce qu’il y a de plus lumineux dans l’être ; et cela nous l’appelons le bien, n’est-ce pas ?


l’apprenti : Oui.


le philosophe : L’éducation est donc l’art qui se propose ce but, la conversion de l’âme, et qui cherche les moyens les plus efficaces de l’opérer ; elle ne consiste pas à donner la vue à l’organe de l’âme, puisqu’il l’a déjà ; mais comme il est mal tourné et ne regarde pas où il faudrait, elle s’efforce de l’amener dans la bonne direction. »

 

Remerciements à Platon in "La République" livreVII.

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