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Le jardin d'amexour

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Parfois de raison, souvent d'intuition, de philologie et des philosophies en général, ce semble pouvoir être l'objet de ce blog... Si cela ne peut seul le décrire totalement, il en reste cependant le principal moteur !


Explication d'un texte du "monde" : Les Idées, l'art et la musique chez Schopenhauer

Publié par Amexour sur 14 Mai 2013, 14:27pm

Catégories : #Philosophie

Explication d’un texte de Schopenhauer  extrait du Livre troisième : Le monde comme représentation – L’objet de l’art- dans « Le monde comme volonté e t comme représentation ». [cf. p.329 du Livre premier, paragraphe 52 – sous-titré « Le monde comme représentation et principe de raison ».]

 

            « Les Idées (au sens platonicien) sont l’objectivation adéquate de la volonté. Le but de tous les arts est d’exciter l’homme à reconnaître les Idées. Ils y arrivent par la reproduction d’objets particuliers (les œuvres d’art ne sont pas autre chose) et par une modification correspondante du sujet connaissant. Les arts n’objectivent donc pas la volonté directement, mais par l’intermédiaire des Idées (…)*


Mais la musique, qui va au delà des Idées, est complètement indépendante du monde phénoménal ; elle l’ignore absolument, et pourrait en quelque sorte continuer à exister, alors même que l’univers n’existerait pas : on ne peut en dire autant des autres arts. La musique, en effet, est une objectité, une copie aussi immédiate de toute la volonté que l’est le monde (...) Elle n’est donc pas, comme les autres arts, une reproduction des Idées, mais une reproduction de la volonté au même titre que les Idées elles-mêmes. »

 

 

(*) Par souci du temps imparti à cet exercice d’explication, assez réduit par conséquent, quelques coupes ont été réalisées dans le texte et parmi laquelle compte le concept de « principium individuationis » qu’on peut traduire par « principe d’individuation ». C’est-à-dire, pour Leibniz, « la forme phénomène » qui constitue l’individu par l’ensemble de ses qualités particulières par opposition à l’espèce. Autrement dit, dans le texte, « le monde n’est que le phénomène des Idées multiplié indéfiniment par la forme du principium individuationis [qui est donc] la seule forme de la connaissance qui soit à la portée de l’individu en tant que tel ».

 

 


               Tout au long de son œuvre en général et dans « Le monde comme volonté et comme représentation » en particulier, Schopenhauer (1788-1860) s’inspire de ses devanciers (De Platon à Kant) auxquels il  emprunte des notions. Mais sa philosophie n’en est pas moins elle-même caractéristique d’une « intuition de l’absurde » par exemple, concept qui influencera biens des penseurs et artistes aussi divers que variés, au nombre desquels on compte pour seuls exemples ici Bergson, Thomas Mann, les frères Wachowski ou Arturo Toscanini, etc… ou encore dans le cadre de sa réception en France, Clément Rosset. Pour ce dernier en effet, si Schopenhauer est « le philosophe de l’absurde » il a pu conserver un certain héritage classique ; il est aussi celui qui a révolutionné la philosophie par sa « théorie de la volonté» mais aussi du fait de « son célèbre pessimisme».  Pessimisme qu’il combat d’ailleurs paradoxalement, par le biais de l’art en l’occurrence. La thèse essentielle qui est ici soutenue prend racine conjointement dans « l’art » et dans les « Idées ».

 

               Mais en quoi l’esthétique de Schopenhauer, dans son « analyse de l’art » peut-elle expliquer ce pessimisme, s’il en est ?  Dans l’emprise du concept de « Volonté » du penseur de Francfort, y-a-t-il et, aux dires de l’auteur lui-même : « …pour le sage des moyens de se libérer du vouloir omniprésent» ? Peut-on alors parler d’une « échappatoire » par l’art, et en ce cas d’un art en particulier qui serait le plus à même de rendre compte d’un besoin métaphysique pour l’humanité ?

 

               Pour justifier sa « théorie sur l’art » Schopenhauer commence par dresser un rapport idéel avec l’esthétique. Qu’il démontre ensuite en prenant appui sur l’Idée, tout en insistant sur l’art qui, aujourd’hui, est donné pour le quatrième. Enfin, il conclue en insistant sur l’important lien qui existe entre l’Idée et la « musique », qu’il dit être « connaissance directe des Idées ».

 

               Avant d’aller plus loin dans l’explication de cet extrait, il convient tout d’abord de préciser quel est l’objet de ce paragraphe « 52 » du Livre troisième ; c’est celui de « l’Idée platonicienne » et celui de « l’art », dont l’auteur dresse les rapports. Pour commencer lorsqu’il écrit : « Les Idées [avec une majuscule] (au sens platonicien [donc, dans le texte]) sont l’objectivation adéquate de la volonté. », trois termes que sont, « Idées », « objectivation » et « volonté » nécessitent d’être définis préalablement, parce qu’ils annoncent ici sa thèse avant d’en donner les rapports.

 

               Par « Idées » au pluriel il ne faut pas s’arrêter sur le sens commun et celui de l’opinion subjective par lequel elle définit l’objet que nous nous faisons des choses et des représentations formelles de l’esprit. Autrement dit, ce n’est pas le substantif commun « idée » avec une minuscule dont il est question ici, mais plutôt « Idée » avec une majuscule.  « l’Idée » de Platon donc avec une majuscule dont Schopenhauer accepte la notion, en effet, représente autre chose puisqu’il s’agit « des Idées éternelles, de l’Essence et celle de formes immuables qui existent indépendamment du monde sensible » et toute représentation de l’esprit. En d’autres termes, celles qui n’ont pas besoin de l’esprit pour exister mais qui existent a priori dans un autre monde, en l’occurrence celui des Idées. Pour illustrer son propos Platon, parlant à Glaucon prend l’exemple de meubles, de lit et de la « chaise » (cf. chapitre X de « La République »). Dans ce dernier exemple et bien qu’il en existe un grand nombre, toutes différentes, il  existe une « Idée de la chaise » qui la caractérise et la délimite dans son « essence » propre et qui est connu immédiatement en dehors de tout phénomène, de toute matérialisation d’objet sinon dans l’esprit du sujet pensant.

 

Nous pouvons alors pousser l’explication en disant que la chaise est ainsi « objectivée ». C’est-à-dire qu’elle est débarrassée de son aspect jusqu’alors subjectif [une chaise grande ou petite, de telle couleur et de telle forme pour tel esprit, pour tel individu, dans une vision donnée], donc subjectivité relative car pour un sujet pensant donné. En l’occurrence, par « objectivation  adéquate» il faut alors entendre le rapport  « adapté » qui est entretenu entre « les Idées» et « la volonté ». « La volonté », pour Schopenhauer n’est alors pas celle qui est librement actée, en fonctions de motifs rationnels, mais plutôt celle qui en est dépourvu, qui est également comprise comme « chose-en-soi ». En d’autres termes, la volonté schopenhauerienne n’est pas ce qui permet de faire ou de ne pas faire quelque chose librement, dans un libre-arbitre. La volonté chez le penseur de Francfort est par Essence ce qui existe immédiatement et indépendamment de l’homme rationnel ; et à la différence de Kant pour qui la « chose-en-soi est inconnaissable », elle est tout à fait perceptible chez Schopenhauer, et par la représentation et l’expérience intime de notre « corps » qui nous révèle la réalité du « monde comme volonté » en dehors de tous phénomènes (cf. Livre 2ème p. 141 – L’objectivation de la volonté). De plus la volonté est « puissance aveugle de la vie » ; elle est l’intime poussée du monde qui, sans telos précis ni fondement donné (but) est au contraire une « lutte aveugle » et un « effort » qui détermine toutes choses. D’une certaine façon, Bergson reprendra à son compte cette intuition dans son concept d’ « élan vital » [vitalisme].

 

               Ces « Idées » alors, comme nous venons de le voir dans leur acception platonicienne [intelligibles et objectives] sont ce qui permet à l’homme de se connaître immédiatement et, sans médiation extérieure,  de se connaître comme partie intégrante de la « volonté » [le vouloir-vivre humain]; mais également chez Schopenhauer comme partie d’une totalité vitale ; comme l’ « Essence » intime de la volonté qui détermine toute chose, tous phénomènes ; et où l’homme est compris alors comme « le degré le plus élevé et le plus individualisé» dans son objectivation.  Si l’on connaît à présent la thèse selon laquelle « les Idées sont l’objectivation adéquate de la volonté » et la place qui est donnée aux Idées platoniciennes, quelle est celle qui est alors faite à l’art ? En quoi la « théorie de l’art » peut-elle revêtir également un caractère essentiel chez Schopenhauer ?  

Si à la différence de Kant, pour qui elle est « inconnaissable », Schopenhauer reconnaît lui la possibilité d’une intuition de la chose-en-soi dans la volonté, dépassant la théorie kantienne, l’art permet ainsi de la re-connaître objectivement.  

 

               Nous l’avons vu, Schopenhauer ne reconnaît pas de « libre-arbitre » chez l’homme et, Clément Rosset de rajouter en allant plus loin dans l’interprétation française de la pensée du « philosophe pessimiste », qu’il-y-a quand même une « échappatoire » dans une philosophie malgré tout « libérale » dans le sens d’un progrès potentiel.

 

               En creux et de façon implicite il s’agit de la « libération » que permet en effet à l’art en l’occurrence, chez Schopenhauer, de donner un sens là où il n’y en aucun dans l’existence, comme une forme d’optimisme, nous y reviendrons. Par l’entremise de la « négation radicale de la volonté à travers l’art », d’un paradoxe optimiste donc qui, dans sa philosophie pessimiste pourrait-on dire, participe de la négation de son « concept de l’absurdité du monde » et du fait de la « Volonté » et surtout du « vouloir-vivre » qui domine nécessairement l’homme. L’optimisme est donc celui de reconnaître dans l’art un moyen d’échapper à ce « vouloir-vivre ». Par l’intermédiaire des Idées, les œuvres d’art vont en effet  prendre pour ainsi dire appui sur les Idées, comme par exemple pour « le théâtre qui prend appui sur le réel, [quand le réel, lui] ne prend appui sur rien » écrit Rosset dans « Schopenhauer » (cf. p37). Ceci pour considérer le côté « absurde » de l’existence, en opposition avec l’art qui lui donne un dessein, une fin dans l’œuvre et qui est absente ailleurs. Qui est absente dans la réalité absurde parce qu’elle conduit inexorablement vers la mort tout en renaissant tout aussi inexorablement de ses cendres, sans aucune fin.

 

 

               C’est la raison pour laquelle, Schopenhauer écrit-en suivant que les arts, eux, ont un but ce, en opposition à l’existence humaine qui elle en serait dénuée pour Schopenhauer; objectif qui est celui « d’exciter à reconnaître les Idées » et ce le stimulant, en provoquant l’imagination humaine pour lui faire produire son « œuvre d’art » et dans le sens que nous avons vu. En l’occurrence le seul objet de l’œuvre d’art, dans sa production par l’artiste est celui qui consiste à « se libérer » des conventions du « vouloir-vivre » et du temps et de l’espace dans une métaphysique esthétique transcendantale kantienne que Schopenhauer dépasse comme nous le verrons plus loin; et telle une « revanche » parce que l’artiste n’est plus tenu par aucune représentation, sinon en tant que spectateur dans la contemplation de cette volonté.

 

Pour illustrer le propos, nous pouvons nous resservir ici de l’exemple de la « chaise », mais cette fois-ci avec la chaise de Van Gogh qui reprend seulement l’Idée, dont il s’inspire pour créer l’œuvre d’art et le tableau unique qu’il produit dans une volonté intelligible purement esthétique. Rosset, qui parle de l’ « étape esthétique » et celle qui vient avant les étapes  « éthique » et « ultime du  Nirvâna » [en tant qu’ascétisme, de non-volonté et de renoncement], nous dit alors dans « Schopenhauer » que « dans l’œuvre d’art, l’intelligence est admise, non plus seulement à se représenter, mais à contempler (…) sa propre volonté… ». C’est bien là la « revanche » sur la volonté, parce que l’œuvre d’art n’est plus tenu par la représentation et celle qui voudrait, par exemple, reproduire fidèlement, imiter même en apparence une réalité donnée pour reprendre Platon. « La reproduction (encore fidèle au XIXème siècle) d’objets particuliers » dont nous parle ici Schopenhauer. Le peintre allemand Caspar David Friedrich adepte de Goethe et de Schelling, s’inspire de la philosophie et du romantisme en général pour reproduire la nature dans une contemplation romantique. En somme il peint ce qu’il voit en lui et non ce qui est (réellement) devant lui.

 

               « Le sujet connaissant » ici étant l’artiste bien sûr mais aussi toute personne qui serait en présence de l’œuvre, et qui la contemplerait le ferait de facto en qualité de « sujet connaissant ». Il faut enfin entendre que les spectateurs alors « sujet connaissant » sont, du fait même de la contemplation, ceux qui « modifient » pour Schopenhauer le phénomène « chaise » dans une acception esthétique.

 

               Les arts, tout comme les Idées desquelles ils découlent, en tant qu’ils donnent à penser s’affranchissent de la volonté et s’objectivent donc, parce qu’ils permettent de s’approprier une réalité tant intérieure qu’extérieure au sujet tout en ayant une validité objective, voire universelle et ce, parce qu’ils sont en dehors du temps, de l’espace et surtout de la causalité [du principe d’individuation]. Thomas Mann ne dit pas autre chose dans « Tonio Kröger » lorsqu’il parlera de « Tristan et Iseult » [cf. p50 et suivantes] : « Au fond est ce qu’un artiste est un homme ? (…) C’en est fait de l’artiste dès qu’il devient homme et commence à sentir (…).  L’idée ici est celle qui, de façon implicite, rappelle toute la souffrance que connaît l’artiste (ici l’écrivain) et dès lors qu’il ne crée pas ou plus, en l’occurrence, se retrouve alors dans sa misérable peau d’homme aliéné à la volonté et au « vouloir-vivre ». Pour s’en convaincre durablement, il suffit d‘écouter encore la légende de « Tristan et Iseult » dans la très remarquable orchestration wagnérienne de 1835 par Arturo Toscanini de 1948 à 1951…

 

Les arts ont par conséquent comme origine « l’unique connaissance des Idées » et comme but unique celui de « communiquer la connaissance de ces Idées »  [et pas nécessairement le beau ou même le sublime]. Ce qui en outre n’est par le cas du subjectif (une chaise) qui lui est voué à disparaître dans une absurdité de principe, parce que la subjectivité de la chaise, en tant que chose-en-soi, est périssable en tant qu’objet quand l’art est intemporel. Pour Schopenhauer, la production de l’œuvre d’art est « le propre du génie» humain qui est en mesure à la fois de « contempler » les Idées (objectité immédiate de la Volonté] et de les communiquer par la production de ses œuvres qui en sont les copies. (cf. Le vocabulaire de Schopenhauer)

 

               Nous venons de le voir, l’art a besoin de la médiation des Idées, qu’il porte à la connaissance de l’homme par le génie créateur d’œuvres et communicateur d’Idées. Ce qui est la « condition fondamentale de l’activité artistique » (ibidem). La production de l’œuvre s’effectue  en s’affranchissant ainsi de la Volonté. Par ailleurs tout au long de son plaidoyer sur l’art, Schopenhauer classifie verticalement ce qu’il appelle « les beaux-arts ». Cette hiérarchie s’il en est, sans pour autant s’effectuer en fonction de leur histoire, tient davantage compte des Idées et de leurs forces.  Cependant, il en est un qui, à l’instar de tous les autres (architecture, poésie, peinture, etc…)  reste absent de cette classification verticale parce qu’il est supérieur à tous les autres.

 

 

               Si pour Platon, pour qui la production artistique est « simulacre des simulacres » [cf. « La République »]et la musique n’est pas à proprement parlé exercice philosophique [ibid], mais plus une fonction éducative pour la discipline des enfants, [qui peuvent par conséquent saisir l’essence parce qu’ils n’ont pas atteint encore l’âge de raison (sens de l’ordre et de la mesure qu’ils ne possèdent pas naturellement)], « La musique (…) semblable à une langue universelle (…) nous donne ce qui précède les formes, le noyau intime, le cœur des choses (…) [et] en rapport avec l’essence du monde et notre propre essence [dit Schopenhauer, elle pourrait] continuer à exister, alors même que l’univers n’existerait pas ».

 

               C’est la raison pour laquelle il écrit que « la musique, qui va au delà des Idées, est complètement indépendante du monde phénoménal ». Parce que précisément le « monde phénoménal » est celui de la représentation et de la volonté, mais la musique, elle, n’en a cure. Autrement dit, elle se passe de l’objectivation des Idées comme médiation puisqu’elle est « objectité » nous dit Schopenhauer. Terme qu’il nous faut alors redéfinir en préalable à toute explication. L’objectité est « le caractère de ce qui est chose-en-soi, indépendante du sujet ». Autrement dit pour l’auteur la musique en plus d’être indépendante du monde phénoménal comme nous l’avons vu et a contrario des autres arts « n’exprime jamais le phénomène, mais l’essence intime, le dedans du phénomène, la volonté même (…) une copie aussi immédiate  de toute la volonté que l’est le monde, que le sont les Idées elles-mêmes (…) ». Les mots de l’auteur parlent d’eux-mêmes et Clément Rosset de rajouter que la « musique occupe le premier rang (…) affranchie de toute référence…elle est seule à pouvoir exprimer la volonté dans son essence générale et indifférenciée»  (cf. « Schopenhauer p.47).

 

A contrario de Kant pour qui la musique n’a pas beaucoup d’intérêt sinon celui de « s’imposer en portant par conséquent atteinte à la liberté d’autres personnes n’appartenant pas à la société musicale » quand la musique des voisins traversent les murs et gêne par conséquent les autres (cf. « Critique de la faculté de juger » paragraphe 53, p 318) pour Schopenhauer la musique, et de rare compositeur tel Haydn ou Beethoven qu’il site (Cf. p. 337 et chapitre XXXIX p. 1191 consacré à « De la métaphysique de la musique »), en plus d’être la plus importante, « la plus puissante » (cf. le vocabulaire p.38) des pratiques artistiques, est un art à vocation « métaphysique ».

Enfin, dans un tout autre registre artistique contemporain, la bande musicale du film « Matrix » des frères Wachowski contient de même quelques similitudes avec la pensée Schopenhauerienne de la musique. En particulier, la piste du « crépsucule de Neo »), en référence à l'opéra de Richard Wagner, Götterdämmerung (le crépsucule des dieux), le quatrième opéra de la tétralogie Ninbelungenring, (l'anneau des Nibelungen) qui touche au sublime et qui est « l’une des modalités de la contemplation esthétique » cela même si Wagner n’était âgé que de six ans lors de la première édition du « Monde » (en 1918). 

 

 

               Nous pourrons à présent conclure avec l’auteur en rappelant brièvement la thèse soutenue par lui et le lien avec la réception française et Rosset. Ce dernier termine « l’étape esthétique » sur le fait que l’art « permettant une contemplation de la volonté, supprime la souffrance… ». Cette souffrance comme on le sait est chez Schopenhauer l’une des manifestations de l’absurdité de l’existence. La réception est alors pour Rosset celle qui consiste à « une revanche sur la volonté » directement en lien avec la thèse Schopenhauerienne pour qui l’art et la musique « parle de l’être (…) et supprime la souffrance» dans une « libération ». L’enjeu est donc de l’ordre de la métaphysique car le penseur de Francfort le dit : « l’humanité en a besoin » [cf. Sur le besoin de la métaphysique] ; tout comme certains se réfugient dans la religion, d’autres n’en font-ils pas de même lorsqu’ils s’extraient d’un monde absurde pour rentrer dans celui des Idées et celui qui est créé par l’artiste ?

Enjeu philosophique majeur pour conclure par les mots de Schopenhauer lui-même qui, reprenant la définition de Lebniz, définissait ainsi la musique de façon paradoxalement optimiste : « La musique est un exercice de métaphysique inconscient, dans lequel l’esprit ne sait pas qu’il fait de la philosophie ».  

 

 


 

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